La capacité du MHP à dépasser le seuil des 10% n'est pas seulement un enjeu pour les Loups Gris, mais aussi pour l'AKP et ses projets futurs de Constitution civile. En effet, si le MHP n'obtient pas de représentation parlementaire, les deux autres partis majoritaires, l'AKP et le CHP, récupèreront leurs sièges. Or, l'AKP vise une majorité des deux tiers (367 sièges), afin de faire adopter par le biais d'un vote assuré au Parlement et ce, sans passer par une coalition improbable avec les partis de l'opposition ni devoir recourir à un référendum ; à défaut, il vise les trois cinquièmes (330 sièges) qui lui permettraient quand même de soumettre une proposition de Constitution à référendum. Dans cette arithmétique, le score du MHP s'avèrera décisif. L'AKP a d'autant plus intérêt à ce que le MHP ne soit pas au Parlement que celui-ci s'est prononcé contre une nouvelle Constitution. Par ailleurs, il a accusé l'AKP d'avoir repris ses idées comme l'« objectif 2023 », centième anniversaire de la République, date à laquelle l'AKP prévoit l'aboutissement de projets pharaoniques comme la construction d'un canal pour désengorger le Bosphore, et attire généralement les électeurs déçus du parti au pouvoir. L'AKP a ainsi tenté d'attirer les voix du MHP à l'aide d'une rhétorique à la fois nationaliste et manichéenne vis-à-vis de ses adversaires. Mais Bulent Aliriza et Deni Koenhemsi, membres du Programme Turquie du C.S.I.S., signalent que cette tactique peut amener ses adversaires à opter pour un vote utile envers la supposée coalition anti-AKP constituée du CHP, du MHP et du BDP.
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Par Elodie Liobard




Vendredi 10 juin 2011, à deux jours des élections législatives, le Premier ministre Erdoğan a une énième fois tenté de décrédibiliser le MHP dont il espère attirer les voix. Il a affirmé que si l'AKP avait fait partie de la coalition gouvernementale en 1999 – ce qui était le cas du MHP -, il n'aurait pas hésité à appliquer la peine capitale contre Öcalan, leader du PKK actuellement condamné à perpétuité et détenu sur l'île d'Imralı. Cette déclaration s'inscrit dans la continuité de la radicalisation du discours de l'AKP, flirtant avec la rhétorique anti-kurde et nationaliste du MHP.