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Accueil Actualité Moyen-Orient Actualité de l'Ifea - Georges Dumézil - Istanbul Ifea/OVIPOT : Après son succès aux législatives, le BDP à la croisée des chemins
Jeudi, 11 Août 2011 10:09

Ifea/OVIPOT : Après son succès aux législatives, le BDP à la croisée des chemins

Ifea/OVIPOT : Après son succès aux législatives, le BDP à la croisée des cheminsLe BDP (le Parti pour la Démocratie et la Paix) pro-kurde fait partie des grands gagnants du scrutin du 12 juin dernier. En effet, avec 35 députés, il est parvenu à multiplier pratiquement par deux le nombre de ses sièges au Parlement. Alors que ce dernier se donne pour mission une révision constitutionnelle dont l'un des objectifs est de régler la question kurde, ce score pourrait permettre au BDP d'exercer une influence et de tenter de faire passer des réformes importantes comme le droit d'enseigner la langue kurde. Pourtant, au moment même où il s'affirme comme force politique montante, il a refusé de prêter serment et a boycotté le Parlement (voir notre édition du 29 juillet 2011).

 

Pourquoi cette situation ? La tension entre le BDP et le gouvernement s'est amplifiée autour des élections du 12 juin. En effet, un mois avant le scrutin, la candidature de sept candidats indépendants soutenus par le BDP (ainsi que de cinq autres candidats indépendants à travers la Turquie) avait été annulée par le Haut Conseil des élections (YSK) en raison de leur casier judiciaire (voir notre édition du 21 avril 2011). Selahattin Demirtaş, député du BDP depuis 2007, avait déclaré qu'il s'agissait « d'un complot politique » et d'une « nouvelle déclaration de guerre ». Pour Aysel Tuğluk, députée du BDP depuis 2007, ces interdictions ne pouvaient qu'inciter les Kurdes à davantage de révolte. Cette remise en cause préélectorale a également été dénoncée par Hasip Kaplan, député du même parti, qui estimait que les élections législatives perdaient ainsi toute légitimité. Même si six de ces sept candidatures ont été réhabilitées quelques jours plus tard, la méfiance s'est installée. À cela s'est ajouté le traditionnel désavantage des candidatures indépendantes : dans la mesure où un parti n'obtient de représentation parlementaire que s'il rassemble au moins 10% des voix au niveau national – score jamais atteint par un parti pro-kurde -, le BDP, comme ses prédécesseurs, ne concourt pas directement aux élections, mais préfère soutenir des candidats indépendants. Cette stratégie, qui lui permet d'obtenir un nombre non négligeable de sièges, a pour contrepartie le fait que le BDP n'a pas bénéficié de fonds publics pour sa campagne électorale, à la différence des autres partis représentés et en particulier à l'AKP qui a dépensé des sommes considérables lui permettant d'être omniprésent dans les médias.

 

Mais le conflit s'est surtout amplifié après les élections, notamment en raison du maintien en détention provisoire de cinq des nouveaux élus du BDP soupçonnés de proximité avec le PKK, ainsi qu'à l'invalidation de l'élection de Hatip Dicle, fondateur du BDP, dont une peine d'emprisonnement a été confirmé entre-temps, et dont le siège parlementaire a été attribué à l'AKP. Aux élections a ainsi succédé une recrudescence des violences opposant les forces de l'ordre turques au PKK (voir notre édition du 18 juillet 2011). Le 14 juillet, alors qu'une embuscade du PKK entraînait la mort de treize soldats turcs et de sept rebelles, Aysel Tuğluk, présidente du Congrès pour une Société Démocratique (DTK), plate-forme d'associations et de mouvements kurdes, proclamait lors d'une réunion partisane « l'autonomie démocratique » des Kurdes de Turquie. Selon cette députée du BDP condamnée à plusieurs reprises pour propagande terroriste, cette autonomie ne consiste pas à former un Etat autonome, mais à permettre la reconnaissance des droits d'une minorité et leur auto-administration au sein de leur région. Mais les commentateurs se sont longuement interrogés sur le contenu et la portée d'une telle déclaration.

(...)

Par Elif Karaman

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