J'y viens. Depuis la révolution iranienne de 1979, les spécialistes ont signé de nombreux faire-part de décès de l'islamisme. Les raisonnements assez variés qui les fondaient avaient en commun de réduire le phénomène à une sorte de pathologie sociale touchant avant tout les plus démunis, ces fameux « laissés-pour-compte du développement et de la modernisation ». Et lorsque, ultérieurement, la « bourgeoisie pieuse » a été incluse à la liste des groupes sociaux touchés par le « fléau islamiste », une explication très médiatisée a avancé que la rupture de l'alliance présumée entre cette « bourgeoisie pieuse » et la « jeunesse déshéritée » avait alors causé un nouvel « échec des islamistes ».
Si divers ont-ils été, ces diagnostics partageaient le credo populaire d'un rejet spontané des islamistes par à peu près tous les compartiments des sociétés concernées : pas seulement les laïques ou la gauche bien sûr, mais tout autant, sans trop de nuances, « les » femmes, « les » intellectuels, « les » militaires (érigés pour la circonstance en « gardiens de la laïcité »), « les » jeunes, « les » soufis, etc. Ces problématiques péchaient avant tout à mes yeux par le fait qu'elles ignoraient que la mobilisation islamiste a une puissante dimension identitaire. Et qu'elle a donc de ce fait la capacité de s'abstraire des cloisons sociales et de toucher aussi bien les pauvres que les moins pauvres, les jeunes que les moins jeunes, et, bien sûr, les femmes que les hommes.
La portée des influences étrangères (et notamment l'inusable « soutien de l'Arabie saoudite ») a tout aussi systématiquement été surévaluée. Plus encore que la « victoire des islamistes », les urnes tunisiennes ont donc consacré la fragilité du discours manichéen de leurs « éradicateurs » : une vision criminalisante qui, en refusant de voir la dimension identitaire du discours des islamistes, masquait la dimension banalement politique et universelle de leurs demandes.
Donc ?...
(...)
Lire la suite dans Le Soir.be.




Le succès du parti islamiste Ennahda aux premières élections libres de Tunisie, le 23 octobre dernier, a surpris par son ampleur. Nous avons interrogé à ce sujet le Français François Burgat, chercheur arabisant au CNRS.