Propos recueillis par Matthieu Mégevand - publié le 22/11/2011 - Le Monde des Religions
Neuf mois après la chute de Hosni Moubarak, les manifestants sont de retour sur l'emblématique place Tahrir en Egypte. Depuis samedi, alors que les élections législatives doivent débuter le 28 novembre, et que les affrontements avec les forces de l'ordre ont déjà fait au moins 30 morts, des milliers d'hommes et femmes réclament la fin du pouvoir militaire et le départ du maréchal Mohammed Hussein Tantawi, chef du Conseil suprême des forces armées, responsable de la transition du pouvoir. Analyse de François Burgat, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'islamisme.
"Nous sommes paradoxalement dans la toute première phase du processus de changement de régime, entre soulèvement et véritable révolution. Le pouvoir est resté jusqu'à ce jour aux mains du plus proche collaborateur de l'ex-président Hosni Moubarak, le maréchal Tantawi, et à travers lui sous le contrôle de l'institution militaire. Le régime n'a pas encore fait "la part du feu". Il n'a pas encore pris la mesure de cette portion de pouvoir qu'il va devoir abandonner dans le cadre des prochaines "enchères électorales" (où il va bien évidemment tout faire pour être lui-même représenté).
Les militaires rêvent encore d'un système à la turque (avant Recep Tayyip Erdogan) où serait préservé leur droit de regard sur le jeu politique et notamment le droit de dissoudre le parlement. C'est ce verrou que les manifestants, toutes familles politiques confondues, tentent de faire sauter en reprenant l'initiative. Ces manifestations ont de toute évidence le soutien des "forces vives" de la protestation. Au-delà, il serait imprudent d'évaluer avec trop de précision l'audience de cette avant-garde politisée par rapport à l'ensemble de la population et notamment à ceux qui seraient encore sensibles à la stabilité d'une sorte de statu quo.
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