Site réalisé par le pôle
de valorisation des Ifre

fmsh

Newsletter
Nom :
Courriel :
Pays :
Instit. :

Le réseau des Ifre sur facebookRejoingnez le réseau des Ifre sur Twitter
Accueil Actualité Moyen-Orient Actualité de l'Ifea - Georges Dumézil - Istanbul Ifea/OVIPOT : La mémoire de Tünceli-Dersim de nouveau au cœur de l’actualité politique turque
Vendredi, 25 Novembre 2011 19:04

Ifea/OVIPOT : La mémoire de Tünceli-Dersim de nouveau au cœur de l’actualité politique turque

Ifea/OVIPOT : La mémoire de Tünceli-Dersim de nouveau au cœur de l’actualité politique turqueLors d'un de mes récents passages à Istanbul, j'ai été attiré par l'étalage d'un vendeur ambulant proposant des porte-clés dont le pendentif est constitué par le numéro et le nom de l'un des 81 départements turcs. J'ai tout d'abord avisé le 34 (Istanbul), probablement en raison de plusieurs années de résidence dans l'ancienne capitale ottomane, avant de m'intéresser au 38 (Kayseri), un clin d'œil à Grenoble (38) mon département français d'origine, mais cet examen de la marchandise de mon vendeur a pris un tour beaucoup plus sérieux lorsque j'ai découvert, le 62. En effet, j'ai été surpris de constater que ce numéro, qui correspond au département de Tünceli, n'arborait pas ce nom (turc) de la province en question, mais son nom kurde Dersim, qui évoque aussi la répression tragique que la province a subie à la fin des années trente. J'ai bien sûr immédiatement acquis l'objet pour quelques livres, avant de constater, à la vue d'autres étales similaires, que ces porte-clés étaient devenus un objet en vogue à Istanbul, qui aurait pu trouver place entre les briquets en forme de revolver et les oies en celluloïd hochant la tête de la boutique d'Alaadine, ce magasin emblématique qu'Orhan Pamuk décrit, dans son roman Kara Kitap, comme un grand conservatoire des engouements passagers d'une certaine clientèle stambouliote pour des gadgets aussi inutiles qu'éphémères.

 

Or, naguère, cher lecteur, pour trouver trace de Dersim en Turquie, il fallait compulser des ouvrages très spécialisés qui le plus souvent n'évoquaient d'ailleurs l'affaire qu'à mots couverts. Aujourd'hui, force est de constater que le terme Dersim peut figurer sur un objet de consommation courante, qui s'affiche dans les étalages entre les tesbis, les lampes de poche chinoises et les tubes de Superglu japonaise. Un tabou de l'histoire turque est-il donc réellement tombé ?

 

Pas sûr, mais il se trouve que les derniers développements de l'actualité politique turque sont en train d'apporter une première réponse à cette question. Le 9 novembre, en effet, Hüseyin Aygün (photo), un député CHP de Tunceli, déclare que les massacres de Dersim en 1937 et 1938, qui ont fait plusieurs dizaines de milliers de victimes et noyé dans le sang ce foyer de résistance kurde, ont été accomplis en toute connaissance de cause par le gouvernement CHP de l'époque, et que l'hypothèse que Mustafa Kemal ait pu ignorer les développements tragiques de cette affaire relève d'un mythe fabriqué toute pièce par l'histoire officielle de la République. Cette révélation n'est pas vraiment un scoop, mais venant d'un député du CHP, même de Tünceli, elle surprend bien sûr et fait l'évènement.

(...)

Par Jean Marcou

Informations supplémentaires