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Accueil Actualité Moyen-Orient Actualité de l'Ifea - Georges Dumézil - Istanbul Ifea/OVIPOT : Les excuses officielles de Recep Tayyip Erdogan pour les massacres de Dersim ébranlent la classe politique turque
Lundi, 28 Novembre 2011 11:28

Ifea/OVIPOT : Les excuses officielles de Recep Tayyip Erdogan pour les massacres de Dersim ébranlent la classe politique turque

Ifea/OVIPOT : Les excuses officielles de Recep Tayyip Erdoğan pour les massacres de Dersim ébranlent la classe politique turqueLa polémique ouverte par les déclarations du député CHP Hüseyin Aygün, et surtout par les excuses qu'a présentées Recep Tayyip Erdoğan au nom de la République pour les massacres de Dersim (cf. notre édition du 25 novembre 2011), continuent d'occuper le devant de la scène politique et de provoquer de multiples réactions et commentaires en Turquie.

Le CHP semble être la première victime de ce nouveau séisme politique, qui frappe particulièrement son leader, Kemal Kılıçdaroğlu, issu comme l'on sait de la communauté dersimi, et dont une partie de la famille a été victime des massacres perpétrés pendant la période kémaliste.

Sans présenter à son tour des excuses au nom de son parti, qui était au pouvoir au moment des faits, il s'est employé à limiter la portée de l'initiative «dévastatrice» du premier ministre. Ainsi, en rappelant que les documents exhibés la semaine dernière par le chef du gouvernement étaient déjà connus, le leader de l'opposition a carrément appelé son rival à aller plus loin, en ouvrant toutes les archives sur cette question et même en restituant les terres des victimes confisquées aux descendants de ces dernières. En réalité, la position du parti kémaliste est actuellement très contradictoire ; car d'un côté, il refuse de présenter des excuses et condamne celles qui ont été présentées par Recep Tayyip Erdoğan, en les jugeant dangereuses pour l'unité du pays, et d'un autre côté, il se lance dans une surenchère dont l'objectif est de minimiser l'initiative du leader de l'AKP.

 

Par ailleurs, certains membres du CHP essayent aussi de prendre en défaut le parti au pouvoir en rappelant qu'il n'est pas parvenu à sortir les alévis de leur statut de citoyen de seconde zone, et même que ses dirigeants ont souvent porté un regard méfiant sur cette communauté, quand ils ne continuent pas à le faire. La députée CHP, Sebahat Akkiraz, a notamment reproché au gouvernement de ne pas nommer d'alévis à des postes officielles de responsabilités, en accusant Recep Tayyip Erdoğan d'être devenu «un nouveau Sultan Selim» (Selim I est connu pour avoir ordonné des massacres d'alévis au XVIe siècle). Puis, rappelant que nombre de municipalités AKP avaient dépensé des sommes très importantes pour les fêtes du Ramadan (que les alévis ne célèbrent pas), elle les a mises au défi d'organiser et de financer des festivités comparables à l'occasion du jeune alévi de Muharram. Il reste que la ligne de défense des dirigeants du CHP peine à convaincre et se retrouve confrontée à l'une des contradictions de fond qui gêne le parti kémaliste dans sa stratégie de reconquête du pouvoir : comment apparaître comme une force politique d'avenir pour la démocratie turque, quand on ne peut pas rompre totalement avec un passé où l'on était en fait un parti unique...

(...)

Par Jean Marcou

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