Forts de ce constat, l'Institut français du Proche-Orient et l'Université d'Hébron, soutenus par le Consulat général de France à Jérusalem, ont organisé les 16 et 17 novembre 2011 un colloque intitulé « L'économie politique palestinienne : pratiques quotidiennes, soutenabilité et perspectives ». Cet événement scientifique a réuni vingt chercheurs et experts palestiniens ou étrangers (français, nord-américains, britannique, belge, italien), économistes, sociologues et politologues, avec pour ambition d'éclairer les pratiques économiques dans le contexte spécifique de la Palestine contemporaine.
En quelques années, les grands projets d'investissement, à Ramallah ou ailleurs, sont devenus de nouvelles incarnations de la Palestine, lentement mais sûrement destinées à remplacer le feddayin et le keffieh dans la perception de bien des observateurs [1]. Au cours de ces dernières années, cette évolution de l'image de la Palestine a été perçue, par de nombreux Palestiniens mais surtout par les institutions internationales et les médias, comme le symbole de l'État palestinien en devenir. Il reste que l'apparent « boom économique » actuel (des croissances du PIB de 8 % en Cisjordanie et de 15 % à Gaza ont été enregistrées en 2010) est souvent considéré avec circonspection compte tenu des mécanismes artificiels sur lesquels il s'appuie.
La question de la souveraineté tronquée de l'Autorité palestinienne, qui ne contrôle pas ses frontières, constitue une contrainte bien évidemment centrale [2]. Dans son introduction au colloque, Massimiliano Cali (économiste, Overseas Development Institute) a mis en relief le coût de l'occupation israélienne et spécifié combien celle-ci obère toute possibilité d'indépendance économique, plaçant la société palestinienne en situation de dépendance vis-à-vis de l'aide internationale. Jennifer Olmsted (économiste, Drew University) a, quant à elle, mis en avant les effets de ces contraintes sur le marché du travail et l'accès des femmes à celui-ci. Shawqi Makhtoob (économiste, Aix Group) s'est appuyé sur l'exemple de la vallée du Jourdain pour souligner la centralité de la contrainte israélienne. Julie Trottier (polititologue, CNRS) a, de son côté, démontré combien la question de l'eau se trouve aujourd'hui encadrée par des mécanismes pervers (marchandisation, logiques comptables) qui déstabilisent la gestion des ressources aux dépens des utilisateurs.
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Par Laurent Bonnefoy




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