Les tensions entre l'Iran et les pays occidentaux embarrassent la Turquie. Depuis le refus turc de voter les sanctions contre Téhéran en juin 2010 (voir notre article du 29 juin 2010), la diplomatie turque mène une politique d'équilibriste qui tente de satisfaire les pays alliés rassemblés au sein de l'OTAN et le voisin iranien devenu un partenaire important de la République kémaliste. Les relations ambigues qu'entretenaient les deux pays dans le schéma diplomatique "ni amis, ni ennemis" (J. Marcou) semblaient depuis quelques années se diriger vers une amitié affichée basée sur un renforcement de la coopération politique et économique. En 2010, les échanges économiques entre les deux pays s'élevaient à 7.5 milliards de dollars.
Un partenariat que ses promoteurs vouaient à un bel avenir puisque lors d'une rencontre à Téhéran en février 2010, les présidents Abdullah Gül et Mahmoud Ahmadinejad espéraient un triplement de cette somme à l'horizon 2015. Sur le plan énergétique, l'Iran est le deuxième fournisseur en gaz naturel de la Turquie, le premier étant la Russie. Le rapprochement des deux pays s'est également effectué dans une coopération étroite contre les organisations kurdes du PKK et du PJAK, cette dernière étant en lutte contre Téhéran.
Dans ce contexte, la stratégie d'isolement de l'Iran par les pays occidentaux est un problème de taille pour la politique étrangère turque. Comment satisfaire les allies de l'OTAN tout en poursuivant une politique de bon voisinage avec la République islamique, principal fournisseur énergétique d'une Turquie en croissance ?
Le récent rapport de l'AIEA (8 novembre 2011), faisant état d'une possible militarisation du programme nucléaire iranien, met la diplomatie turque dans l'embarras. Le 13 novembre, Ahmet Davutoğlu réclame de l'agence onusienne une clarification de ses allégations tout en appelant Téhéran à répondre sans laisser place aux ambiguités : "Les allégations de l'AIEA et les réponses de l'Iran à ces allégations doivent être claires comme du crystal". Bien que les puissances turques et iraniennes s'opposent dans leurs stratégies pour l'hégémonie régionale (exportation du modele de société, question palestinienne, influence dans le monde musulman), l'idée de frappes préventives contre les installations nucléaires iraniennes est catégoriquement rejetée par Ankara qui met en garde contre un regain de tensions dans la région.
(...)
Par Walid Belbachir