Le Parlement turc a finalement maintenu, le 10 décembre dernier, un amendement législatif réduisant les peines des individus s'étant rendus coupables de truquage de matchs de football ou de hooliganisme. Le Président Abdullah Gül, qui vient de promulguer ce texte, avait refusé de le faire après sa première adoption, et l'avait renvoyé au Parlement pour une nouvelle lecture, comme la Constitution lui en donne le droit. Les députés n'ont donc pas cédé au Chef de l'État au terme de débats et de polémiques qui ont tenu les devants de la scène politique turque.
Cette affaire est en effet intervenue, alors que depuis l'été, la révélation d'un scandale de matchs truqués, au sein du championnat de football turc, a conduit le président de Fenerbahçe, Aziz Yıldırım, derrière les barreaux où il attend un procès qui devrait s'ouvrir sous peu, tandis que le célèbre club stambouliote a été exclu des Coupes européennes. L'opinion publique a donc directement lié l'amendement voté récemment par le Parlement à ce scandale et au sort d'Aziz Yıldırım (photo) qui encoure une lourde peine. Elle l'a en outre ressenti comme une nouvelle preuve des liens existant entre les milieux politiques et les grands trusts footballistiques du pays. C'est ce qui a conduit le Président de la République à faire jouer son droit de véto suspensif, une faculté qu'il n'a pourtant que très rarement utilisée (à la différence de son prédécesseur) depuis son élection en 2007. Il faut dire qu'Abdullah Gül est issu du parti qui dispose de la majorité au Parlement et qu'il a donc peu de raisons de s'opposer aux textes adoptés par cette formation.
Mais c'est bien là que le bât blesse, car le Président n'est pas parvenu à convaincre les parlementaires de l'AKP qui ont même reçu en l'occurrence le soutien de leurs collègues du CHP et du MHP, les Kurdes du BDP ayant été les seuls à refuser en bloc de voter pour l'amendement en question. Si cette affaire est paradoxalement parvenue à rassembler des députés de la majorité et de l'opposition, qui actuellement n'arrivent pas à s'entendre pour lancer l'élaboration de la nouvelle constitution, en revanche elle a divisé le parti majoritaire.
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Par Jean Marcou