Réflexion sur les conditions de possibilité d'une anthropologie du droit dans le contexte des sociétés en tout ou partie musulmanes
Sous la direction de Yazid Ben Hounet et de Baudouin Dupret
Rabat, Centre Jacques Berque, 2011, 63 p.
Les Rencontres du CJB, n° 1
Les textes ici rassemblés font suite à une rencontre tenue au Centre Jacques Berque les 21 et 22 janvier 2011. Le propos de ces journées scientifiques était de rompre avec le postulat d'exceptionnalité culturelle des constructions du juridique dans les sociétés en tout ou partie « musulmanes ». On peut en effet observer une propension des travaux sur le droit dans ces sociétés à « chercher » la part islamique du droit et à ne s'intéresser qu'à elle.
Pourtant, déterminer dans quelle mesure telle ou telle part du droit est, de manière orthodoxe ou hétérodoxe, islamique et dans quelle mesure elle doit ou non être expliquée par quelque développement historique du droit islamique tend, à notre avis, à imposer leur structure aux phénomènes et activités juridiques au lieu de chercher à découvrir comment ils opèrent. Ce faisant, la recherche échoue à décrire les phénomènes qu'il lui appartient de documenter et, en particulier, les façons qu'ont les gens de comprendre et de manifester leur compréhension de n'importe quelle situation donnée, de s'orienter par rapport à un contexte et à ses contraintes et de se comporter et d'agir d'une manière plus ou moins ordonnée à l'intérieur de pareil contexte situé spatialement et temporellement. Pourtant, même dans les domaines où l'on peut identifier une généalogie islamique des choses (comme le droit de la famille dans de nombreux pays), la caractérisation à priori de « droit islamique » ne procure aucun accès à ce que les gens font dans un contexte judiciaire particulier, quand ils traitent de questions touchant à la famille, toutes choses qui ne peuvent être menées à bien qu'en décrivant les pratiques des gens en dehors de tout cadre interprétatif préétabli. Que dire alors de ces domaines où la relation à l'islam ne peut même pas être établie généalogiquement...
Nous nous intéressons donc ici aux pratiques juridiques dans un environnement majoritairement ou minoritairement musulman, non à la culture islamique observée au travers du prisme du droit. À vrai dire, la culture islamique n'est qu'une des multiples composantes du contexte, toujours singulier, jamais uniforme, dans lequel se déploient les pratiques du droit. Supposer que cette composante culturelle est primordiale fait courir le risque de ne pas prêter suffisamment d'attention aux autres composantes possibles, toutes choses vers lesquelles les membres de l'environnement judiciaire et juridique de ces sociétés s'orientent pourtant de manière pratique dans le cours de leurs actions. Il nous appartiendra donc de poser la question de ce qui justifie l'usage de données juridiques tirées de contextes en tout ou partie musulmans, si ce n'est pas pour donner substance à l'affirmation d'une différence des cultures.
(...)
Introduction, par Baudouin Dupret
Textes des rencontres des journées d'études tenues à Rabat les 21 et 22 janvier 2011, dans le cadre des programmes ANDROMAQUE ( ANR SudsII) et PROMETEE (ANR FRAL)
Sommaire
Introduction : Pertinence et perspectives de la référence anthropologique à la catégorie « droit islamique », Baudouin Dupret
Positivisme Vs « Fiqhisme » Analyse dynamique d'un système juridique et normatif « composite », Mohammed Mouaqit
Islamic law in many arenas : Struggles for recognition and dominance, Franz and Keebet von Benda-Beckmann
Droit musulman, droit coutumier, droit tribal dans les sociétés ouest-sahariennes, Pierre Bonte
La réconciliation du Mont Liban, médiation, pacification, indemnisation, Aïda Kanafani-Zahar
L'encadrement juridique des associations agricoles dans le Souss et le rôle du religieux, Bertram Turner
Crimes et châtiments : intentionnalité et diya (prix du sang) en Algérie et au Soudan, Yazid Ben Hounet
Tracing the Spider's Web : The Role of the Judge in Tunisian Divorce Cases, Sarah Vincent-Grosso
An ethnomethodological study of judicial interpretation in Tunisia. The case of paternity law, Maaike Voorhoeve