À l'inverse, le mouvement du 14 mars, passé depuis janvier 2011 dans l'opposition parlementaire, s'inscrit dans un discours plus typiquement « démocratique-libéral » : la chute du « régime de Bashar » doit constituer la suite d'un « cercle vertueux » ouvert en Tunisie, où les régimes autoritaires seraient remplacés progressivement par des systèmes pluralistes, les puissances « occidentales » ne représentant alors plus la figure de l'ennemi, ces dernières pouvant au contraire, comme dans le précédent libyen, s'avérer être un allié de poids. « Résistance » et/ou « révolution » : Il y a désormais concurrence de deux idéaux-types.
Binarité du discours, ou dilemme politique ?
Cette binarité politique a sans doute quelque chose de factice. Elle pourrait toutefois être confirmée par la crise ouverte dans le quotidien libanais al-Akhbâr (Les Nouvelles), fondé à l'été 2006, au ton de gauche nationaliste, réputé proche du Hezbollah — le Parti de Dieu — et du 8 mars. En août 2011, le départ de Khaled Saghieh, rédacteur en chef adjoint et membre fondateur du journal, pouvait faire croire à une rupture totale entre la logique de « mumâna'a » et celle de la « thawra » (révolution) : il critiquait en effet une ligne rédactionnelle jugée sans doute trop défavorable au mouvement de contestation en Syrie. Entre la logique « révolutionnaire démocratique », et la pure logique de « résistance », il fallait décidément choisir son camp. Pour cet auteur, la dichotomie entre «mumâna'a » (refus) et « i'tidâl » (modération), opposant certains États et organisations politiques arabes, avait vécu. De façon conjoncturelle, la priorité des peuples arabes ne serait plus l'opposition à « l'impérialisme » mais la simple demande de « libertés, de pain et de dignité ». Dans cette optique, le discours de « mumâna'a » se retrouverait à contretemps historique. Khaled Saghieh s'était auparavant attaqué non pas seulement à l'État baathiste, mais bien au soutien affiché du Hezbollah à la présidence de Bashar al-Assad, déniant au passage au Parti de Dieu tout caractère « réformiste et démocratique ». Avec le départ de Khaled Saghieh d'al-Akhbâr, la crise était ouverte et semblait encore confirmer la thèse de la binarité du discours politique, traçant une frontière infranchissable entre logiques de « résistance » ou de « révolution ».
Au lendemain du départ de Khaled Saghieh, Ibrahim al-Amin, le rédacteur en chef, tenta de mieux expliciter les positions d'al-Akhbâr : rappelant que le journal avait été à plusieurs reprises interdit en Syrie, suite à sa couverture du soulèvement, il mit en avant le fait que le comité de rédaction du quotidien était lui-même divisé autour du sujet syrien.
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Par Nicolas Dot-Pouillard




L'insurrection syrienne, commencée en mars 2011, excède aujourd'hui ses propres frontières. Ses effets différés se jouent en partie au Liban, confirmant un clivage bien ancré entre deux camps antagonistes, dont les principales lignes de démarcations se sont peu à peu dessinées à la suite de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Rafiq al-Hariri en février 2005.