Pourquoi l'Irak-elle est devenue un nouvel enjeu de puissance au Moyen-Orient ? Premièrement, soulignons que le départ des forces américaines ne signifie pas la fin de la présence américaine. Washington conserve de grandes capacités stratégiques. Des milliers d'hommes restent stationnés dans les pays du Golfe (Qatar, Koweït, Bahreïn) prêts à intervenir en Irak ou dans les eaux du détroit d'Ormuz, là où transite 40% du trafic maritime pétrolier mondial. Les Etats-Unis prévoient d'établir un partenariat économique et politique renforcé avec l'Irak faisant de l'ambassade américaine de Bagdad la plus grande au monde avec 16 000 employés. Les entreprises américaines s'installent en concentrant leurs investissements dans les secteurs de l'énergie (pétrole, gaz), de l'armement (un accord de principe concernant la vente de 18 avions de chasse F-16 a été conclu le 12 décembre 2011) ainsi que tous les chantiers de la (re)construction. Les investissements sont favorisés depuis les Etats-Unis par les bureaux de l'Iraq Investment and Reconstruction Task Force (IIRTF) qui « travaillent étroitement avec les organisations commerciales, l'ambassade américaine à Bagdad, diverses agences gouvernementales américaines et irakiennes, ainsi que les organisations internationales, afin de coordonner les activités liées au développement économique irakien ». Du côté irakien, l'heure est à la coopération avec l'ancien occupant. En visite à Washington le 12 décembre, Nouri Al-Maliki a déclaré « espérer que les entreprises américaines joueront un rôle très important pour mettre en valeur les richesses de l'Irak ».
La Turquie, qui a également beaucoup investi en Irak, reste attentive à la situation nouvelle du pays. Le départ de l'armée américaine a entrainé une rencontre à huis clos entre Joe Biden et Tayyip Erdogan le 1er décembre 2011 à Istanbul. Les problématiques liées à la lutte contre le PKK et aux tensions régionales furent particulièrement discutées. Pour la diplomatie turque, la question irakienne est surtout une question kurde. Bien que la majorité des importations de la Région Autonome du Kurdistan proviennent de Turquie, les forces turques bombardent régulièrement une partie de ce territoire avec l'accord tacite de son président, Massoud Barzani. Une situation très volatile et de moins en moins tenable compte-tenu des tentatives d'affirmation du pouvoir de Bagdad. Dans la nouvelle Irak, la Turquie tient également à préserver ses investissements notamment concentrés dans les secteurs de la construction et de la distribution énergétique. Pour l'année 2011, les échanges commerciaux entre les deux pays atteignent la somme de 12 milliards de dollars et continuent leur progression. En termes d'exportation, l'Irak est le quatrième partenaire de l'économie turque. Des relations prospères qui pourraient largement favoriser Ankara dans sa lutte contre le PKK et ses bases dans les montagnes de Qandil situées dans le nord-est de l'Irak. En concurrence avec Téhéran pour le leadership régional (exportation du modèle de société, influence dans le monde musulman, question palestinienne, crise syrienne), Ankara ne voit pas d'un bon œil une possible poussée iranienne vers l'Ouest qui ferait des pays au sud de la Turquie (Irak, Syrie, Liban), une zone sous l'influence de Téhéran. Un risque d'autant plus grand pour la Turquie que l'Iran pourrait, dans ce cas de figure, aisément instrumentaliser la question kurde et mettre fin à la situation plutôt favorable aux intérêts turcs dans la région.
Entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, l'Irak est également un enjeu hautement stratégique. Les deux pays lorgnent les bénéfices du marché irakien et les atouts géopolitiques qu'ils peuvent retirer d'une alliance exclusive avec Bagdad. L'Arabie Saoudite, grand allié des Etats-Unis dans la région, craint que le départ de l'armée américaine sonne la fin de l'équilibre des forces dans ses confrontations avec l'Iran. La présence majoritaire des chiites dans la vie politique irakienne ne laisse rien présager de bon pour Ryad. A cela s'ajoute une perte de légitimité de la politique étrangère saoudienne due notamment à son soutien stratégique aux forces américaines lors de l'occupation de l'Irak.
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Par Walid Belbachir




La fin de l'occupation militaire de l'Irak est un évènement majeur pour l'ensemble du Moyen-Orient dont les conséquences géopolitiques pourraient redéfinir les rapports de force sur l'échiquier régional. En plus des problèmes d'ordre interne à l'Irak (fragilité des institutions et du pouvoir central, tensions confessionnelles, nombreux défis sociaux, etc.), ce pays est au centre de rivalités notamment entre la Turquie, l'Iran, et l'Arabie Saoudite. La fin de l'occupation militaire de l'Irak laisse un vide politique dans lequel chacune de ces puissances régionales espère prendre pied.