Faut-il rappeler qu'au cours de l'été et de l'automne 2011, les embuscades, attentats ou bavures diverses, que connaît en permanence cette région, ont fait en moyenne, chaque semaine, une dizaine de victimes civiles, militaires ou rebelles. Certains développements, comme par exemple les attaques de Silvan, en juillet (cf. notre édition du 18 juillet 2011), ou celle de Hakkari (cf. notre édition du 22 octobre 2011), en octobre, particulièrement meurtrières pour l'armée turque, ont montré le regain d'activisme d'une guérilla kurde que les médias disaient pourtant en perte de vitesse.
Cet accroissement de la violence s'est nourri en outre d'une régression des perspectives de solution politique. De façon significative, bien qu'ils aient augmenté sensiblement leur représentation au sein du parlement à l'occasion des dernières élections, les députés kurdes du BDP ont eu du mal à trouver leur place dans cette nouvelle enceinte qu'ils ont boycottée jusqu'à l'automne. Il faut dire que, ces derniers mois, les poursuites judiciaires et les vagues d'arrestations ont frappé de plus en plus les organisations et associations kurdes. L'interminable enquête du KCK, qui, en novembre dernier, a même conduit en prison des intellectuels turcs éminents comme Ragıp Zarakolu ou Büşra Ersanlı, contredit les déclarations du gouvernement qui continue de promettre une solution politique et qui tente depuis l'automne de développer une approche moins répressive de la lutte contre la guérilla du PKK. Il faut dire que sur le terrain politique, les positions politiques semblent beaucoup plus éloignées qu'il y a deux ans, à l'époque de «l'ouverture démocratique». L'année 2011 a vu se développer dans le sud-est des campagnes de désobéissances civiles. En juillet dernier, la déclaration du DTK prônant «l'autonomie démocratique du peuple kurde sur la base du concept de patrie commune» a crispé un peu plus la situation, le gouvernement la considérant comme une menace pour l'intégrité de l'Etat, instrumentalisée par le PKK. La récente déclaration de Leyla Zana, estimant que l'autonomie ne va pas assez loin et souhaitant la tenue d'un référendum «à la québécoise» sur l'indépendance, même si elle a été tempérée par les dirigeants du BDP qui ont rappelé que les Kurdes ne voulaient pas d'un Etat séparé, illustre le divorce qui se noue petit-à-petit entre le gouvernement et les multiples organisations et personnalités kurdes. Enfin, les séismes de Van, qui ont fait plus de 600 victimes en octobre-novembre dernier et qui ont été l'occasion d'un élan de solidarité nationale, ont de nouveau mis en exergue les écarts de développement régionaux qui persistent dans le pays.
Les succès économiques et politiques de l'AKP
La situation difficile que continue de vivre le sud-est du pays contraste toutefois avec sa situation économique globale. En 2011, la Turquie a continué à enregistrer des résultats spectaculaires. Avec 11% au premier semestre 2011, sa croissance a devancé celle de la Chine. Étant passant au dessous du seuil de 9%, son taux de chômage est désormais inférieur à celui de nombreux pays de l'UE dont la France, tandis que ses exportations enregistraient un record historique en augmentant de 18,2% au cours de l'année. À la différence d'autres économies émergentes, la Turquie a peu pâti (pour l'instant) de la crise de la zone Euro. Seule ombre au tableau : l'inflation qui se situait à son plus bas niveau depuis 40 ans en début d'année, et qui s'est emballée dans les derniers mois de 2011, pour atteindre le taux inégalé depuis 2008 de 10,47%.
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Par Jean Marcou




Comme chaque année, le Blog de l'OVIPOT vous propose une rétrospective des politiques intérieure, étrangère et européenne de la Turquie. Année électorale, 2011 a vu la troisième victoire consécutive de l'AKP à des élections législatives et la poursuite du miracle économique turc, mais ces développements flatteurs ne sont pas exempts d'interrogations pour l'avenir qui concernent l'évolution du régime politique turc, les risques de concentration du pouvoir et toujours la question kurde...