Ce protestantisme évangélique se caractérise par le refus d'une médiation d'un quelconque clergé. Cette centralité des Écritures (selon la formule sola scriptura) justifie l'importance du témoignage, d'où découle la primauté accordée à la conversion. À l'intérieur de la mouvance évangélique, ce sont les églises de type pentecôtiste qui connaissent le plus grand succès. Le pentecôtisme est né avec William Seymour en 1906 aux États-Unis. Ce pasteur afro-américain a proposé une synthèse singulière de la culture noire américaine, mâtinée en particulier d'éléments de la religiosité méthodiste, contribuant à une nouvelle manière d'être chrétien.
Tirant leur nom de la venue de l'Esprit saint sur les apôtres cinquante jours après Pâques[3], les Pentecôtistes se pensent dépositaires de « charismes », des dons spirituels tels que la prophétie et le don de guérison, fruits d'une interprétation des Épîtres de Paul aux Corinthiens: « À l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de connaissance ; à un autre le don des guérisons, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits, à un autre la diversité des langues » (Corinthiens 12, 7-11).
En accordant une approche directe, sans la médiation d'un clergé, à l'Esprit saint et en concevant le baptême à l'âge adulte conformément à l'ambition d'une « renaissance » symbolique dans l'acte de foi (en anglais « born-again », en arabe « mawloud men jedid »), les Évangéliques rencontrent un écho favorable chez des Libanais confrontés à un fort sentiment de précarité existentielle, économique et politique, et animés d'un désir important de rupture par rapport à leur groupe communautaire d'origine. Dès lors, les convertis libanais font grand cas du devoir de responsabilisation porté par la foi évangélique, qui leur permet d'être pleinement maîtres de leur destin.
(...)
Par Fatiha Kaoues



