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Accueil Actualité Moyen-Orient Actualité de l'Ifea - Georges Dumézil - Istanbul Ifea/OVIPOT : Le bilan 2011 de la politique étrangère turque
Mardi, 24 Janvier 2012 21:50

Ifea/OVIPOT : Le bilan 2011 de la politique étrangère turque

Ifea/OVIPOT : Le bilan 2011 de la politique étrangère turque2010 avait vu la Turquie, suivant des tendances qualifiées parfois de néo-tiers-mondistes, signer aux côtés du Brésil un accord avec l'Iran, pour éviter les sanctions que les Etats-Unis préparaient contre la République islamique. Cette même année la politique de bon voisinage d'Ahmet Davutoğlu, qui touchait alors à son paroxysme, amenait celui-ci à promettre la prochaine ouverture d'une zone turco-arabe de libre échange sans frontière, d'Istanbul à Casablanca. C'était l'époque où l'espace Şamgen prétendait rivaliser avec l'espace Schengen et où la Turquie semblait se détourner de ses alliés occidentaux. L'année 2011 aura été le moment d'un recentrage de la politique étrangère turque et d'un retour à un plus grand réalisme. Sans doute le printemps arabe et les incertitudes politiques et stratégiques qu'il a introduites dans l'étranger proche de la Turquie n'est-il pas pour rien dans cette évolution, qui ne saurait pourtant constituer un retour, ni bien sûr à la politique étrangère turque de la guerre froide, ni même à celle de la période post-bipolaire.

Pas plus que les capitales occidentales, Ankara n'avait anticipé les soulèvements qui ont commencé à affecter les pays arabes à partir de la fin de l'année 2010. Il a fallu attendre que le régime d'Hosni Moubarak soit confronté à une contestation laissant très mal augurer de son avenir (début février 2011), pour que le gouvernement turc, sousla pression de ses médias nationaux, s'exprime enfin et demande aux dirigeants arabes d'écouter leurs peuples pour procéder à des réformes (cf. nos éditions des 31 janvier 2011 et 1er février 2011).

Par chance, Ben Ali avec lequel la Turquie avait peu de contacts n'avait pas réglé les notes d'hôtel du leader de l'AKP, et le Rais égyptien, qui l'appréciait peu, n'avait pas eu l'occasion de le régaler d'une croisière sur le Nil. En revanche, l'économie turque avait fait de la Libye l'un de ses champs d'expansion privilégié, et Recep Tayyip Erdoğan avait même reçu, en novembre 2010, un prix des droits de l'homme, des mains de Mouammar Kadhafi. Quant à la Syrie, elle était devenue le joyau de la politique du «zéro problème avec nos voisins» prôné par Ahmet Davutoğlu, Recep Tayyip Erdoğan multipliant les rencontres et faisant assaut d'amabilités avec Bachar el-Assad.

L'approfondissement du printemps arabe a donc amené la Turquie à de délicates mises au point. Initialement hostile à toute immixtion dans la crise libyenne, Recep Tayyip Erdoğan, qui avait affirmé qu'il ne pointerait jamais une arme turque contre le peuple libyen, s'est retrouvé isolé, avant de s'employer à ramener l'intervention internationale, initiée par la France et le Royaume-Uni, sous le parapluie de l'OTAN. Ce mouvement, qui a finalement conforté la position américaine dans la région, a permis au gouvernement turc de revenir progressivement dans le jeu, et d'apporter efficacement son appui au Conseil National de Transition (CNT) libyen, après avoir fermé son ambassade à Tripoli et appelé Kadhafi à quitter le pouvoir (cf. nos éditions des 6 avril 2011, 11 avril 2011 et 26 août 2011).La crise syrienne s'est avérée plus difficile à négocier pour la diplomatie turque (cf. notre édition du 3 juin 2011). Dans les premières semaines, Recep Tayyip Erdoğan a essayé de montrer qu'il travaillait à convaincre, celui qu'il appelait encore son «ami» Bachar el-Assad, à faire des réformes. Mais, dès lors que la répression a tourné au bain de sang, les premières mises en garde adressées au régime de Damas se sont muées en condamnations de plus en plus sévères (cf. notre édition du 15 mai 2011), le leader turc se mettant même dans ses discours, à l'automne 2011, à apostropher sans ménagement le président syrien par son prénom, comme s'il voulait exorciser les liens qui avait pu le lier à un «faux-frère», qui aujourd'hui faisait tirer sur son peuple et risquait de subir, pour cette raison, le même sort que les Hitler, Mussolini et autres Kadhafi ! (cf. nos éditions des 16 novembre 2011 et 23 novembre 2011).

(...)

Par Jean Marcou

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