Les travaux de construction d'un projet immobilier, connu sous le nom de Venus Real Estate, dans le centre ville de Beyrouth, ont mis au jour un ensemble archéologique unique et remarquablement bien conservé. Il s'agit des seuls vestiges aujourd'hui accessibles des installations portuaires antiques de Beyrouth : un ensemble de deux cales sèches, ou cales de radoub, et de leurs rampes d'accès, datées au plus tard du Ve siècle av. J.-C.
Des cales similaires sont connues en Méditerranée : à Bamboula Kition (Chypre), à Carthage (Tunisie), au Pirée (Grèce), à Syracuse (Italie), et surtout à Tell Dor (Palestine), qui offre le dispositif le plus comparable à celui de Beyrouth. Car les cales de Tell Dor, comme celles de Beyrouth, de mêmes dimensions (4 m de large), servaient sans doute à la mise en cale sèche pour hivernage et réparation de navires peu larges. Les autres exemples d'ensembles portuaires en Méditerranée sont, pour la majorité, des dispositifs militaires plus larges et plus tardifs, d'époque hellénistique. Ainsi, les cales de Beyrouth sont des installations phéniciennes uniques.
Suite aux fouilles de sauvetage menées en hiver 2011 par la Direction Générale des Antiquités, sous la direction de l'archéologue Hisham Sayegh, et étant donné l'importance indéniable du type de vestiges trouvés, des archéologues et chercheurs libanais, dont Jeanine Abdul Massih (Université Libanaise), Anis Chaaya (Ifpo), Eric Gottwalles (Université Saint-Esprit Kaslik) et Martine Francis-Allouche, avaient été appelés pour donner un avis scientifique. Tous les rapports soumis allaient dans le même sens : celui de la préservation d'un site archéologique au caractère unique. De même, les avis des experts internationaux, dont David Blackman (Nautical Archaeology Society - UK), Jean-Yves Empereur (Centre d'études Alexandrines) et Marguerite Yon (CNRS – France), pour ne citer que quelques-uns, ont fermement confirmé l'importance de ces vestiges : « Découverte exceptionnelle et rare de structures maritimes bien datées qui témoignent d'une installation portuaire unique de son genre sur la côte libanaise remontant au plus tard du Ve s. av J.-C. »
Us et pratiques d'un chantier naval antique
D'après les rapports des experts locaux, les spécificités techniques de ces vestiges permettent de restituer la fonction et l'organisation spatiale d'un site portuaire, dont la toponymie beyrouthine, Minet el-Hosn « port du fort » ou Minet el-Hussein « port du fortin » a conservé jusqu'à nos jours le souvenir.
Les cales, dans lesquelles les bateaux étaient réparés ou halés pour hivernage, sont creusées dans le rocher. Elles sont orientées nord-est/sud-ouest, c'est-à-dire en direction de la mer. Leur inclinaison de 3° permet d'empêcher l'eau de mer de remonter dans les rampes. Le fond des rampes devait être aménagé, à la limite de l'eau, en glissières à l'aide de poutres en bois, sur lesquelles les navires étaient halés jusqu'au sec. Les cinq puits d'eau salée, taillés dans le roc, qui ont été retrouvés, étaient utilisés par les ouvriers du chantier naval pour y puiser l'eau de mer à plus ou moins -8m, et humidifier en permanence les coques de navires. Lors des réparations de coques défectueuses, en effet, les membrures de la coque devaient être mouillées pour être travaillées et courbées sans que le bois ne craque. Les navires, halés en cales pour hivernage, étaient eux aussi continuellement humidifiés et, avant de les remettre à la mer, les ouvriers faisaient « gonfler » d'eau les membrures du bois, pour assurer la meilleure étanchéité possible de la coque.
Les parois rocheuses des cales ont été creusées au pic. Ces traces d'outils révèlent que les différentes actions de taille ont été effectuées dans le sens contraire au pendage naturel des strates géologiques, indiquant une volonté d'aménagement et non une exploitation en carrière. L'exploitation en carrière, qui semble s'être développée sur le site après l'abandon du port, présente, en effet, un type d'extraction, creusée dans le sens des lits du rocher, en mettant à profit les strates et les joints de stratification de la pierre.
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Par Martine Francis-Allouche




Avec la découverte de Minet al-Hosn, les archéologues ont franchi une étape importante pour la connaissance de Beyrouth phénicienne. Les vestiges mis au jour viennent compléter le puzzle compliqué des fouilles du centre ville auxquelles l'Institut — à l'époque l'IFAPO — avait participé, aux côtés des missions libanaises et internationales, dans les années 1990. Il était donc essentiel que Martine Francis-Allouche présente pour les Carnets de l'