Les projets de reconstruction, qu'ils fussent produits par les institutions publiques (Conseil du Développement et de la Reconstruction, Direction Générale de l'Urbanisme, Municipalité et Mohafaza), les consultants étrangers (Banque mondiale, Institut d'aménagement et urbanisme de la Région Ile-de-France...), diverses institutions communautaires, partis politiques, voire milices, y étaient appréhendés comme autant d'images et de représentations de l'espace : « Tentatives de légitimation, le plus souvent, de leurs options politiques, idéologiques et militaires, ces images ne surgissent pas du hasard : elles s'inscrivent à l'intérieur d'une représentation symbolique de l'espace urbain dont elles révèlent les codes cachés » (ibid.). Dès l'origine, la polyvalence de l'approche était donc à la base de la démarche, qu'illustrait la composition de l'équipe fondatrice où figuraient des disciplines telles que l'urbanisme et l'architecture mais aussi les sciences humaines et sociales (histoire, géographie, anthropologie, sociologie) et enfin l'économie2.
Avec le temps, cette lecture en forme d'héritage direct de la guerre, où la ville s'analysait en priorité comme le théâtre de tous les conflits avec leurs conséquences, s'est diversifiée. D'une part, l'Observatoire a été institutionnalisé en 1993 en tant que structure de recherche permanente propre à l'Ifpo (alors CERMOC), au sein du département des Etudes contemporaines. D'autre part, du fait de son format, atypique lui aussi – il est constitué d'une seule personne, assistée de stagiaires – il porte nécessairement la marque d'une personnalité ou d'un parcours professionnel, tout en conservant sa pluridisciplinarité originelle. Ainsi avec Jean-Luc Arnaud, historien des villes, spécialiste de la période ottomane tardive, les travaux de l'Observatoire se sont étendus à l'ensemble de l'agglomération beyrouthine contemporaine. Éric Huybrechts, architecte et urbaniste, a travaillé sur les espaces urbains dans tout le pays tout en lançant un projet d'atlas socio-géographique du Liban, repris et co-dirigé ensuite par Éric Verdeil, géographe, également auteur d'une thèse sur les urbanistes de Beyrouth. La fusion des différentes structures de la recherche contemporaine en dispositif unique, Ifpo, a finalement permis la recherche sur la ville et l'aménagement du territoire au Proche-Orient en général, avec la collaboration de chercheurs à temps plein ou associés en Syrie, en Jordanie et en Palestine, ainsi que le lancement d'une revue en ligne, « Villes et territoires du Moyen- Orient3 » par Fabrice Balanche, spécialiste de géographie politique de la Syrie et du Liban4. Le contexte politique de l'automne 2006 au Liban ayant incité à installer l'Observatoire à Damas, Valérie Clerc, architecte, a poursuivi en Syrie, avec un projet sur l'habitat des pauvres, les travaux abordés dans sa thèse sur les quartiers beyrouthins dits « irréguliers », appelés aussi « illégaux » ou « informels ». L'ensemble de ces travaux a par ailleurs contribué à irriguer les publications de l'Institut5. Enfin tout récemment, l'ouverture d'une antenne de l'Ifpo en Irak, à Erbil, au Kurdistan irakien, a consacré l'élargissement de l'Observatoire à la dimension régionale avec le recrutement de la nouvelle responsable, spécialiste d'histoire urbaine contemporaine et familière du terrain irakien, auteur d'une thèse sur la modernisation de Bagdad au cours du XXe siècle6.
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Par Caecilia Pieri




L'Observatoire urbain a vingt ans