Toujours selon Ibn Manglī, le guépard abondait également à l'est du Sinjār, dans la vallée d'al-Ṯarṯār (الثرثار), dans l'actuel Irak. Capturés, ces excellents chasseurs, rapides et résistants à la chaleur comme au froid, étaient vendus sur les marchés de Mossoul et d'Erbil pour être exportés dans toute la région (Ibn Manglī, trad. Viré 1984, p. 99-100). L'artisanat de la région de Mossoul au xiiie siècle témoigne que le motif du guépard de chasse y était courant (voir ci-contre l'aiguière Blacas du British Museum).
Ibn Manglī met en avant les qualités de chasseurs des guépards syriens et irakiens ; ceux-ci ont d'ailleurs été utilisés comme auxiliaires de chasse, dans tout le monde arabe et notamment en Syrie. Ceci nous est notamment confirmé par les mémoires d'Usāma Ibn Munqiḏ, seigneur de Šayzar en Syrie, mort en 1188. Ces mémoires contiennent plusieurs anecdotes personnelles sur la chasse, ainsi que sur la faune présente dans le nord de la Syrie à son époque, notamment les grands prédateurs aujourd'hui disparus de la région comme le lion, la panthère et le guépard. Le père d'Usāma possédait un guépard apprivoisé, qui avait été capturé encore sauvage, et dont s'occupait un serviteur préposé, le « guépardier » (fahhād). Cet employé, richement rémunéré, devait être bon chasseur et pisteur pour guider l'animal à la capture de ses proies [2]. Il était aussi dompteur et dresseur, l'affaitage [3] du félin étant le fruit d'un long apprentissage. Parfaitement apprivoisé et habitué à ses maîtres, le guépard vivait librement dans la maison familiale des Munqiḏ, ne s'attaquant jamais aux chèvres, gazelles domestiques et chevaux possédés par la famille. Comme un chat ou un chien, il se laissait peigner par la servante avec docilité. Mais celle-ci le battait parfois quand il urinait sur la couverture où il couchait ! (trad. Miquel 1983, p. 405).
Le guépard était entraîné à grimper à cheval et à chasser la gazelle avec beaucoup d'efficacité (trad. Miquel 1983, p. 405). Il était comparé au meilleur autour ou faucon de chasse que possédait le père d'Usāma. Un jour, le guépard réussit presque l'exploit de capturer deux lièvres à la fois : la gueule encore remplie du premier lièvre, il continua sa course, et en arrêta un deuxième en le frappant avec ses pattes, même si, ne pouvant le saisir, il dut le laisser s'échapper.Usāma a également été témoin d'une chasse au lynx (peut-être un caracal : al-wašaq [4]), près de Sinjār [5]. L'animal était monté à cheval et était lancé sur le gibier comme un guépard (trad. Miquel, p. 387). Le dressage du lynx comme auxiliaire de chasse est bien connu dans l'Orient médiéval. Le lynx caracal était particulièrement recherché pour capturer des lièvres et surtout des oiseaux, qu'il pouvait attraper à leur envol, grâce à ses exceptionnelles facultés de saut. Selon Ibn Manglī (trad. Viré, p. 107-108), cette chasse au caracal se pratiquait dans la région de Mossoul, à Byzance et surtout en Perse. De fait, on trouve cet animal représenté sur de nombreuses miniatures persanes, et son utilisation comme auxiliaire de chasse est bien documentée en Inde (Divyabhanusinh 2006, p. 225-230).
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Par Thierry Buquet




Comme nous l'avons vu dans notre précédent billet (« Chasser lions et panthères en Syrie au Moyen Âge »), le guépard était à l'époque encore présent à l'état sauvage au Proche-Orient. On trouvait des guépards sur la côte, notamment dans la région d'Antioche et dans le nord de la Syrie médiévale, dans les déserts de l'actuelle Jordanie et dans ceux situés à l'ouest de l'Euphrate (région de la Samāwa). Ibn Manglī (xive siècle), décrit et fait l'éloge des guépards de la Samāwa (trad. Viré 1984, p. 98-99) :