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Accueil Actualité Afrique Actualité de l'Ifra - Nairobi Parution Ifra-Nairobi : Les conflits liés à l’eau autour du lac Turkana
Jeudi, 03 Novembre 2011 16:27

Parution Ifra-Nairobi : Les conflits liés à l’eau autour du lac Turkana

ifra-nairobi-mambo-lesterViolences armées entre Turkana et Dassanetch

Marine Le Ster

Recent research findings in Eastern Africa, Volume IX n° 3; 2011

Le nord-ouest du Kenya apparaît comme une région oubliée du reste du pays, tant politiquement qu'économiquement. Caractérisée par les sécheresses, les famines chroniques, les conflits interethniques et les raids de bétails, le territoire apparaît aux yeux de l'Etat kenyan comme une zone marginalisée, un espace « en crise » où la violence est finalement banalisée. De façon quasi-hebdomadaire, la presse nationale relate des conflits de plus en plus fréquents et intenses : les Turkana, pasteurs kenyans, sont régulièrement attaqués par les Dassanetch, pasteurs éthiopiens, lors de raids localisés autour des points d'eau de la région. La situation environnementale, socio-économique et historique a toute son importance dans l'émergence de tels conflits (I). Par ailleurs, ces conflits sont décrits de façon systématique comme étant des guerres ethniques pour le contrôle des points d'eau, théorie simplifiant la réalité (II).

 

 

1. Comprendre le contexte

Dans un contexte environnemental inhospitalier (1.1), où les activités pastorales sont menacées (1.2), l'histoire des peuples de la région fournit des clés pour comprendre les conflits (1.3).

1.1 La situation environnementale

Le lac Turkana, d'une superficie de 6750 km², est situé dans la vallée du Rift est-africain, à l'extrême nord du Kenya. La frontière entre le Kenya et l'Ethiopie chevauche son extrémité septentrionale. Ce lac alcalin salé d'origine volcanique recueille les eaux d'un important bassin versant (209 157 km²), dans un environnement chaud et aride, décrit comme «un environnement inhospitalier où les sécheresses et les famines se reproduisent à une fréquence régulière» (McCabe and Ellis, 1987), et où l'aide alimentaire demeure persistante. Le lac reçoit la très grande majorité de ses eaux de la rivière éthiopienne Omo, qui participe pour plus de 90% à son alimentation. Le seul exutoire du système est l'évaporation, puisque le lac est endoréique (bassin fermé). Le rôle des pluies est primordial dans ce contexte aride. Les précipitations moyennes aux alentours du lac sont inférieures à 200 mm/an. Mais les variations spatiales de la distribution des pluies sur le bassin versant du lac sont extrêmes : 2000 mm/an de pluie dans les montagnes éthiopiennes (« water towers » du lac), moins de 100 mm/an dans le nord du Kenya. La région est ainsi caractérisée par la variabilité et l'irrégularité des précipitations. Les sécheresses ne sont pas un phénomène récent, et les populations ont su s'y adapter. Toutefois, autrefois attendues tous les 6 ou 7 ans, elles touchent dorénavant la région tous les 2 ou 3 ans. D'ici la fin du siècle, les estimations prévoient qu'il y aura deux fois plus de sécheresses, et que celles-ci dureront plus longtemps. Le système, aujourd'hui à l'équilibre et globalement positif, reste fragile : une légère modification du régime hydraulique (baisse du dé BIT de l'Omo par exemple) est susceptible d'inverser le bilan hydrologique. Déjà, la situation est inquiétante : le niveau du lac baisse de façon drastique depuis plusieurs générations. L'augmentation des températures, la diminution et l'irrégularité des  précipitations, et surtout la sédimentation, accélérée par la présence de barrages, notamment sur l'Omo, en sont les causes principales.

(...)

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