Introduction en bourse
Le marché de la finance future se lit dans les introductions en Bourse : en Chine, elles ont été plus nombreuses qu'aux Etats-Unis et en Europe en 2010. Les industries de matières premières et de transformations ont besoin d'une finance robuste, de proximité ; exit les produits sophistiqués. Pour le secteur des énergies renouvelables et la finance carbone, les produits nécessaires sont certes nouveaux, mais les clients sont asiatiques ; leurs banquiers aussi !
Ainsi les "green bonds" (obligations vertes), lancés par la Banque mondiale en 2008 et dont certains prévoient l'explosion en 2011, pourraient être mieux vendus par le biais d'obligations asiatiques. Dans l'Asie orientale émergente, les obligations "corporate" en circulation ont atteint 5 000 milliards de dollars (3 700 milliards d'euros) en septembre 2010 ; ce marché, qui croît de 25 % par an, pourrait être "verdi" : les Bourses du carbone chinoises y sont prêtes.
Leur autre débouché sera la certification et la mesure des émissions industrielles de CO2 ; la technique sera maîtrisée par les entreprises industrielles en croissance, c'est-à-dire asiatiques ou implantées en Asie. La Banque mondiale va émettre 500 millions de yuans (56,8 millions d'euros) d'obligations à Hongkong.
La Chine pourrait, à long terme, contrôler les terrains de la finance innovante. A court terme, elle doit contrôler l'inflation et favoriser les entreprises industrielles efficaces : elle va durcir les conditions de prêts contre une réévaluation du yuan - de 5 % en 2011, selon le China Securities Journal.
Ceci assurera le contrôle des prix des ressources naturelles importées et relancera la viabilité des investissements : le PDG de Rhodia, Jean-Pierre Clamadieu, déclarait en novembre que "certains projets ne pouvaient pas être menés à bien dans le pays, faute d'un accès sécurisé et compétitif aux matières premières nécessaires".
Les banques occidentales risquent de perdre du terrain
Dans la banque de détail aussi, les banques occidentales risquent de perdre du terrain.
En Inde, le gouvernement veut durcir l'accès à son marché par la filialisation des banques étrangères.
En Chine, la ville portuaire de Tianjin vient d'ouvrir aux étrangers l'activité de prêt à la consommation... mais pas celle de banque de dépôt. Au niveau microéconomique, les banques asiatiques vont financer l'industrie ; la place sera chère pour les entreprises occidentales.
Et au niveau macro ? L'agence de notation Dagong Global Credit Rating a dégradé en juillet à AA la cote des dettes américaine, britannique et française. Elle vient de récidiver en dégradant la note américaine à A, prévoyant une crise majeure du dollar dans deux ans.
Keynes disait : "Si tu dois 1 000 livres à la banque, c'est ton problème ; si tu dois 1 million, c'est le sien." Le grand argentier chinois résout simplement son problème à 1 million aux dépens du dollar, pour la joie de ses industriels, qui s'endettent à 1000.




Tribune de Joël Ruet, chercheur CNRS au Centre d'études français sur la Chine contemporaine, à Hongkong