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Accueil Actualité Asie Actualité du CEFC - Hong-Kong Cefc : L'opium à Canton, histoire d'une drogue en sursis, entretien avec Xavier Paulès
Mardi, 18 Janvier 2011 11:01

Cefc : L'opium à Canton, histoire d'une drogue en sursis, entretien avec Xavier Paulès

L'opium à Canton - cefcEntretien avec Xavier Paulès, paru dans Rue 89/Aujourd'hui la Chine, 10 janvier 2011.

(De Pékin) L'opium joue un grand rôle dans l'histoire chinoise et ses rapports avec l'Occident avec les guerres de l'opium à répétition au XIXe siècle, lorsque les Européens voulaient contraindre la Chine à ouvrir ses marchés à leurs produits. Cette drogue a également été au cœur des transformations de la société chinoise, et de la construction d'une identité nationale chinoise au début du XXe siècle. Xavier Paulès, chercheur au Centre d'études français sur la Chine contemporaine à Hong Kong, consacre un livre intitulé Histoire d'une drogue en sursis ( EHESS, 2010) à cet aspect fascinant de l'histoire de l'Empire du milieu.

Aujourd'hui la Chine : Pourquoi s'intéresser à Canton ? Qu'est-ce que cette ville apporte de plus ou de nouveau par rapport à Shanghai où la présence de l'opium est plus connue des Occidentaux ?

Xavier Paulès : Canton est remarquablement peu étudié par rapport à Shanghai et même d'autres villes chinoises importantes comme Pékin ou Chengdu, c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de lui consacrer ma thèse.

Il est vrai que l'image de Shanghai pour les Occidentaux est liée en partie à la présence de l'opium, mais il serait tout à fait faux de croire que le sujet a été traité de façon sérieuse par les historiens.

Une drogue en sursis ne peut donc pas proposer une base pour établir des comparaisons avec le cas de Shanghai.

Mais l'intérêt d'avoir choisi Canton est d'avoir en main des résultats pour une ville plus « normale » que Shanghai qui, pour beaucoup de raisons, parmi lesquelles l'importance de la présence étrangère et la rapidité de son développement économique, fait figure de cas atypique à l'échelle de la Chine.

Pouvez-vous nous décrire les fumeries de Canton ?

Canton compte environ 350 fumeries dans les années 1930, chiffre qu'il faut rapporter à une population de plus d'un million d'habitants. Au mot français « fumerie » correspond une bonne dizaine de termes différents en chinois. La richesse de cette terminologie reflète le fait que l'offre de fumeries est particulièrement large.

Attention donc au cliché de la fumerie comme lieu infâme et repaire de brigands, qui a été soigneusement entretenu par la littérature des contempteurs de la drogue.

Il est vrai que certaines fumeries se réduisent à une pièce sordide où, dans un confort pour le moins rudimentaire, une clientèle de coolies [travailleurs manuels, ndlr] consomme pour quelques sous une drogue de très mauvaise qualité.

Mais on trouve aussi des fumeries de luxe. Ces dernières sont installées dans de grands bâtiments permettant à une clientèle aisée de s'ébattre dans un décor très raffiné, d'user d'un matériel de luxe et des meilleurs crus d'opium. Ils disposent des éléments les plus modernes du confort, tels que ventilateurs électriques et radio ainsi que d'une palette extrêmement large de services (boissons, repas, massage, etc.). Tout cela se paie évidemment au prix fort.

La majorité des établissements rentrent pourtant dans une troisième catégorie. Ils sont composés d'une ou deux pièces qui, bien que propres et confortablement aménagées, n'offrent pas de luxe particulier. Elles attirent chaque jour une clientèle habitant ou travaillant aux alentours, qui viennent généralement s'y détendre à l'heure de la sieste ou après le dîner, et aiment à se retrouver entre habitués.

Lire la suite de l'entretien dans rue89>Chinatown.

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