L'Irasec a 10 ans. Quels sont les axes de recherche principaux qui y ont été développés ? Quelle est la spécificité de l'Irasec par rapport aux autres institutions françaises de recherche qui travaillent sur l'Asie du Sud-Est ?
Les programmes de recherche actuels de l'Irasec se regroupent selon 7 axes prioritaires : La Chine et l'Asie du Sud-Est ; Frontières et ethnicités ; Questions religieuses en Asie du Sud-Est ; Migrations ; Questions sécuritaires ; Transformations des élites en Asie du Sud-Est et Trafics illicites dans la région du Mékong. L'originalité de l'Irasec depuis 10 ans est lié au fait que l'Institut intègre en son sein tous les paramètres de la démarche scientifique : la définition des objets de recherche et des problématiques qui leur sont liées, l'identification des partenariats requis, le choix des chercheurs (français, sud-est asiatiques ou autres), le suivi des programmes, mais aussi le travail de mise en valeur de leurs résultats, l'édition scientifique, l'exécution des documents graphiques et cartographiques, la coproduction, la promotion et une partie de la diffusion des ouvrages produits. Avant d'être publiée (en co édition parfois mais le plus souvent désormais en partenariat avec des éditeurs indépendants), chaque étude est présentée au Conseil de laboratoire ainsi qu'à un réseau de relecteurs anonymes dans un but de valorisation scientifique de la recherche et de sa publication. L'Institut assume en outre pour certains manuscrits le suivi de l'édition en langues étrangères, en anglais le plus souvent mais également pour quelques titres en espagnol, en portugais et bientôt en indonésien chez des éditeurs locaux. En outre depuis quelques années le développement de nos Carnets et de nos Notes de recherches téléchargeables gratuitement depuis le site Internet de l'Irasec a renforcé la visibilité de nos publications et de nos activités scientifiques.
Quelle est la place de l'Irasec dans le tissu universitaire et de recherche locale ?
La zone de compétence de l'Institut s'étend sur les 11 pays d'Asie du Sud-Est (Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Timor Leste et Viêt Nam). L'Irasec a contribué l'année dernière à l'organisation de 10 réunions scientifiques dans la région, tandis que ses chercheurs et chercheurs associés sont intervenus dans une trentaine de manifestations scientifiques. Formellement, l'Irasec a signé des accords de partenariats avec des universités en Thaïlande, au Viêt Nam et en Indonésie. Nos publications sont souvent co éditées avec des instituts de recherches sud-est asiatiques. Enfin, nos programmes de recherche associent aujourd'hui presque systématiquement des chercheurs originaires des pays sur lesquels nous travaillons, faisant ressorti des données inédites.
Quelle est aujourd'hui la taille de l'Irasec : les chercheurs, les doctorants, les chercheurs associés ?
Pour répondre aux problématiques posées par l'Asie du Sud-Est contemporaine, l'Irasec s'appuie sur une équipe de chercheurs affectés par le CNRS en Thaïlande, au Viêt Nam, en Indonésie, à Singapour et bientôt en Malaisie. Mais l'Irasec ne fonctionne pas seulement en termes d'« équipes internes » de recherche mais fait également appel, sur des bases contractuelles, à des scientifiques de tous horizons nationaux et institutionnels qu'il associe, le temps de ses programmes. L'Institut dispose d'un réseau de chercheurs mobilisable dans les 11 pays d'Asie du Sud-Est. A côté de l'équipe Cnrs, l'Irasec dispose de 10 chercheurs associés et de plus d'une cinquantaine de chercheurs 'partenaires' de l'Institut. Précisons qu'une partie croissante de ces derniers sont des chercheurs originaires des pays d'Asie du Sud-Est. Le quotidien de l'Institut est fait de collaborations avec des chercheurs Thai, Vietnamiens, Indonésiens, Philippins, Malais, Singapouriens, Birmans, Laotiens, Cambodgiens ou des Timorais. On voit désormais également d'autres chercheurs frapper à notre porte, notamment en provenance d'Europe et des pays d'Asie orientale. Il s'agit pour nous de rassembler un vivier, dotée de spécialistes disposant d'une vraie expérience de terrain, de défendre la recherche francophone tout en collaborant avec les meilleurs chercheurs étrangers, qu'ils parlent / qu'ils écrivent ou non le français.
L'Irasec tâche, autant que faire se peut, d'entraîner dans ses programmes de jeunes chercheurs. L'enjeu dans la difficile période que nous traversons pour la recherche est de soutenir la formation des spécialistes de demain. On observe un phénomène inquiétant ces dernières années. De plus en plus de chercheurs français formés et financés par la France faute de poste dans l'Hexagone sont récupérés par des institutions étrangères. Parallèlement, le relatif conformisme de notre recherche fait que nous disposons parfois de pléthore de spécialistes sur des questions dirions-nous d'ordre secondaires, ou moins à même de cerner les dynamiques collectives, alors qu'il n'y a trop souvent personne à travailler sur toute une série de thèmes centraux pour comprendre l'Asie d'aujourd'hui. C'est à ce niveau me semble t-il que doit se situer le rôle, la responsabilité et l'avenir de l'Irasec.
Quelle est la place de l'Irasec dans le dispositif français en Asie ?
L'Irasec a sa place à part entière dans notre dispositif en Asie du Sud-Est. Notre co tutelle entre le ministère des Affaires étrangères et le Cnrs nous conduit à poursuivre simultanément deux objectifs : améliorer la lecture des décideurs sur les grands enjeux contemporains des Etats d'Asie du Sud-Est et leurs zones d'ombre ; rehausser sans cesse la qualité scientifique de nos publications et de nos partenariats (universités, think tanks, éditeurs). J'ajouterai que nous poursuivons également un autre objectif, celui de toucher nos compatriotes installés dans les 11 pays de la région. L'Irasec organise dans les établissements de notre réseau (CCF, Instituts, Alliance française) des conférences qui rencontrent un réel succès public. Nos chercheurs sont encouragés à s'exprimer dans les médias francophones et anglophones en Asie et en Europe pour offrir une autre lecture d'une actualité parfois extrêmement complexe.
Quelles sont les perspectives de développement de l'Irasec à moyen terme ?
L'objectif pour l'Irasec à Bangkok est de renforcer dans les années à venir son ancrage régional à travers un dispositif en étoile souple et efficace. Le siège de l'Irasec est depuis 10 ans basé à Bangkok mais nous disposons aujourd'hui d'une présence renforcée à Singapour et plusieurs chercheurs basés dans les capitales d'Asie du Sud-Est qui nous représentent. L'Irasec est un observatoire indépendant, avec une approche de terrain, très réactive, pour décrypter des mouvements de sociétés et à destination d'un public plus large que les seuls chercheurs. Il s'agit toujours aujourd'hui d'aider à la prise de décision et de mieux connaître les grands enjeux d'une région où les Etats nations sont récents, et où l'histoire détermine très fortement le présent. Enfin, je pense que l'Irasec aura vocation dans les années à venir à renforcer encore les ponts entre le monde privé et la sphère académique. La France souffre trop souvent d'une culture du cloisonnement étrangère par exemple aux pays anglo-saxons. Ils sont pourtant nombreux nos entrepreneurs basés en Asie du Sud-Est à avoir au cours de ces dernière années montré leur intérêt et leur soutien à nos travaux de recherche. L'Irasec est fier de la diversité de ses publics.
Benoît de Tréglodé




L'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine, installé à Bagkok (Thaïlande) mais avec un rayon d'action sur une large aire géographique, fête ses dix ans. A cette occasion, son directeur actuel, Benoît de Tréglodé, revient sur les thématiques principales dévelopées depuis une décennie dans l'institut. Il souligne son dynamisme et sa place originale dans le tissu universitaire français et régional et dans le dispositif culturel et scientifique français en Asie. Enfin, il trace quelques perspectives pour l'avenir de l'