Éditorial de Benoît de Tréglodé, directeur de l' IRASEC
Depuis ma prise de fonction à la tête de l'Irasec en 2008, ma priorité a été de renforcer l'ancrage de l'Irasec au sein des réseaux universitaires sur l'Asie du Sud-Est par une adaptation de sa gouvernance en accord avec ses comités (de pilotage, scientifique et conseil de laboratoire). L'équipe de recherche de l'Irasec s'est en partie renouvelée. Christian Culas (basé à Hanoi) et Rémy Madinier (à Jakarta) nous ont quittés, Vatthana Pholsena (basée au Department of Southeast Asian Studies de l'université nationale de Singapour) et Nathalie Fau (qui sera accueillie dans un think tank malaisien) nous ont rejoints respectivement à Singapour et Kuala Lumpur-Jakarta. Mais l'Irasec, c'est aussi son réseau de chercheurs associés et de collaborateurs mobilisables dans les onze pays d'Asie du Sud-Est.
Une partie croissante de ces derniers sont des chercheurs originaires de ces pays (de Thaïlande, du Viêt Nam, d'Indonésie, des Philippines, Malaisie, Singapour, du Cambodge, de Birmanie, du Laos et du Timor-Leste). Enfin, d'autres chercheurs frappent aujourd'hui à nos portes, en provenance notamment d'Europe, du Canada et des pays d'Asie orientale. L'enjeu pour l'Irasec dans la période incertaine que nous traversons pour la recherche française est bien sûr de continuer à soutenir la formation des spécialistes de demain, des spécialistes formés sur le terrain par les langues, une bonne maîtrise disciplinaire et une connaissance de leurs aires culturelles. On observe un phénomène préoccupant ces dernières années : de plus en plus de chercheurs français formés et financés par la France, faute de poste dans l'Hexagone, sont récupérés par des institutions étrangères, notamment en Asie (Singapour, Hong Kong, Canberra, etc.). C'est aussi à ce niveau que doit se situer le rôle, la responsabilité et l'avenir de l'Irasec vis-à-vis de la recherche française sur l'Asie du Sud-Est avec ses bourses de terrains annuelles, ses programmes de recherche financés à moyen (notes et carnets de l'Irasec) et long terme (ouvrages).
Enfin, l'Irasec travaille également à lutter contre une culture du cloisonnement dont souffre trop souvent notre système, un cloisonnement entre les disciplines universitaires, un cloisonnement entre les chercheurs et les autres observateurs de l'Asie (journalistes, diplomates, analystes) et plus généralement entre la sphère académique et le monde
privé. L'Irasec est un institut de recherche qui permet une approche de terrain très réactive pour décrypter des mouvements de sociétés et à destination d'un public plus large que les seuls chercheurs. L'Irasec est fi er de la diversité de ses publics. Cette année, l'Institut fête ses 10 ans. Notre objectif pour cette nouvelle décennie qui s'ouvre sera encore et toujours de renforcer la qualité scientifi que de nos travaux et de nos partenariats avec les meilleures universités, think tank et éditeurs afin de continuer à analyser les grands enjeux d'une région où les États-nations sont récents, et où l'histoire continue de déterminer très fortement le présent.
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