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Mardi, 20 Septembre 2011 09:51

Parution Mfj : Ebisu n°45 Varia

Ebisu45Ebisu n°45, Printemps/été 2011

Ce numéro comprend trois articles portant sur des sujets très différents. Le premier est un examen de la philosophie de Nakae Chōmin à la lumière de ses sources françaises et de Rousseau, qui permet ainsi d'expliquer l'originalité et l'isolement de Nakae dans le paysage intellectuel du Japon de Meiji, entre utilitaristes et kantiens. Le second article part de l'hypothèse que la définition de l'asiatisme proposée par Takeuchi Yoshimi relève d'une vision romantique qui se caractérise par la recherche du génie authentique de la révolte moderne, la critique du positivisme, le refus de l'objectivisme qui nie le juste rapport entre les activités de l'imagination et de la raison dans l'esprit humain, et confronte cette grille de lecture au texte classique de Tarui Tōkichi, Dai Tō gappōron. Le troisième article retrace la naissance et l'évolution de la sociologie comme discipline au Japon, en Chine et en Corée.

 

 

Sommaire

Eddy Dufourmont
– Nakae Chōmin a-t-il pu être à la fois un adepte de Rousseau et un matérialiste athée ? (Résumé ci-dessous)

Christine Lévy
– Tarui Tōkichi selon Takeuchi Yoshimi : une vision romantique de l'asiatisme ? (Résumé ci-dessous)

Sasaki Masamichi
– La sociologie asiatique à l'ère de la mondialisation : la situation au Japon, en Chine et en Corée. (Résumé ci-dessous)

Témoignages

François Bizet
– Au bunraku. Journal d'une rencontre

Chloé Viatte
– « La vie du Saint Moine Kōchi ». L'aventure de la reconstitution historique d'une pièce de marionnettes de 1685
– À Kashiwazaki, aux origines du kabuki.

Résumés des articles

Eddy Dufourmont
Nakae Chōmin a-t-il pu être à la fois un adepte de Rousseau et un matérialiste athée ?
Rousseau absent chez le « Rousseau de l'Orient ». Cette réalité dans les écrits où Nakae exprime ses idées matérialistes et athées oblige à penser la question, et à interroger l'intérêt de Nakae pour Rousseau à l'aune de sa philosophie. Un premier examen du matérialisme de Nakae permet de le ranger dans le camp du matérialisme évolutionniste, héritier du xviiie siècle. La mobilisation des sources françaises de Nakae, les penseurs français républicains qui constituaient sa principale inspiration, montrent pour leur part que la place de Rousseau chez Nakae doit être fortement nuancée, et que la tentative de fonder un « nakaéisme » représentait une sorte de voie tierce entre utilitaristes et kantiens, que l'on retrouve justement chez les contemporains français de Nakae tels que Jean-Marie Guyau. L'examen de la philosophie de Nakae à la lumière de ses sources françaises et de Rousseau permet ainsi d'expliquer l'originalité et l'isolement de Nakae dans le paysage intellectuel du Japon de Meiji.

Christine Lévy
Tarui Tōkichi selon Takeuchi Yoshimi : une vision romantique de l'asiatisme ?
L'article part de l'hypothèse que la définition de l'asiatisme (ajiashugi アジア 主義, différencié du pan-asiatisme et du Grand asiatisme) proposée par Takeuchi Yoshimi 竹内好 (1910-1977) relève d'une vision romantique qui se caractérise par la recherche du génie authentique de la révolte moderne, la critique du positivisme, le refus de l'objectivisme qui nie le juste rapport entre les activités de l'imagination et de la raison dans l'esprit humain. Nous examinons la légitimité et la pertinence de cette grille de lecture appliquée au texte de Tarui Tōkichi 樽井 藤吉 (1850-1922), Dai Tō gappōron 大東合 邦論 (L'Union du Grand Orient). Le texte conduit Takeuchi à affirmer que le principe de la solidarité entre pays asiatiques a constitué le dénominateur commun aux asiatismes. Nous confrontons cette affirmation à la perspective d'analyse définissant l'essence de l'asiatisme par le racisme (Babicz 2002).

Sasaki Masamichi
La sociologie asiatique à l'ère de la mondialisation : la situation au Japon, en Chine et en Corée.
Ce texte retrace la naissance et l'évolution de la sociologie comme discipline au Japon, en Chine et en Corée. La sociologie y fait son apparition à partir de la fin du xixe siècle et y suit des voies différentes malgré une origine commune dans la sociologie occidentale. Les préoccupations liées aux spécificités de chaque culture ou territoire et les relations avec la sociologie marxiste forment avec l'influence qui reste majeure de la sociologie américaine les ingrédients d'une combinatoire aux possibilités multiples pour structurer la discipline dans les différents pays. Les sociologues continuent à débattre de l'universalité de la sociologie en tant que science sociale et des apports de sociologues non-occidentaux. Les tendances observées font penser que la recherche comparée devrait jouer un rôle essentiel dans la réussite future de la sociologie asiatique. Elle sera alors une sociologie pertinente pour contribuer à la résolution des grands problèmes à l'ère de la mondialisation.

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