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Accueil Actualité Asie Actualité du CEFC - Hong-Kong Parution CEFC : Perspectives chinoises 2011/2 : Le monde ouvrier chinois en mouvement
Mardi, 08 Novembre 2011 12:04

Parution CEFC : Perspectives chinoises 2011/2 : Le monde ouvrier chinois en mouvement

Parution CEFC : Perspectives chinoises 2011/2 : Le monde ouvrier chinois en mouvementLe mouvement de grève qui s'est déroulé dans les entreprises taïwanaises et japonaises dans la province du Guangdong en juin 2010 a révélé au monde entier que les salariés chinois n'étaient plus les bras dociles de « l'atelier du monde ». Bravant l'hostilité des dirigeants d'entreprise et du syndicat officiel chinois, ils ont montré qu'ils pouvaient désormais s'organiser pour revendiquer des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail. Le fait que ce mouvement de grève puisse déboucher sur des résultats concrets pour les salariés sans une répression massive de la part du gouvernement, a soulevé bon nombre de questions de fond sur l'évolution du monde salarié en Chine. Certaines questions, comme la baisse rapide des effectifs de la population chinoise comprise entre 16 et 30 ans et son impact sur le marché du travail, avaient déjà été analysées depuis quelques années par les démographes. D'autres, comme la possible structuration d'un mouvement ouvrier à l'échelle nationale et ses implications potentielles sur le régime politique, ont pris soudain un tour nouveau après trois décennies de domination sans partage du capital sur le travail. Comme cela est parfois le cas, c'est à l'occasion de « faits divers » que les évolutions profondes des sociétés apparaissent au grand jour.

 

C'est en partant de ce questionnement que nous avons bâti ce dossier. Nous avons voulu analyser la portée des grèves de juin 2010 et savoir si elles reflétaient véritablement une rupture profonde dans les rapports entre le monde salarié chinois et les détenteurs du capital d'une part, et l'État d'autre part (même si en Chine les deux se recoupent assez souvent compte tenu de l'importance des entreprises publiques dans l'économie).

 

Pour répondre à cette question cruciale, mais néanmoins complexe, nous avons fait appel, comme nous le faisons  habituellement dans Perspectives chinoises, à des spécialistes de différents champs disciplinaires. Les réponses que les auteurs apportent à la question principale posée dans ce dossier sont in fine assez prudentes, voire contredisent pour  certaines l'idée d'une évolution significative et profonde des rapports entre le salariat et le patronat en Chine d'une part et l'État d'autre part.

Une exception notable néanmoins, et non des moindres, est la démographie. Michel Cartier dans son analyse de l'évolution de la population active durant les trois dernières décennies, montre les mutations profondes et irréversibles que la démographie est en train de provoquer sur le marché du travail, en particulier dans la main-d'oeuvre rurale des moins de 30 ans sur laquelle a reposé une partie du miracle économique chinois. Même s'il est difficile de recouper les différentes séries statistiques disponibles sur la population active, la Chine est sur le point de passer le « point de Lewis » (nom de l'économiste anglais du développement, Arthur Lewis, qui a conceptualisé ce phénomène) au-delà duquel la main-d'oeuvre bon marché n'est plus disponible en quantité suffisante pour répondre à la demande émanant de l'appareil de production. Aucune évolution drastique sur le plan démographique n'est en vue (immigration massive, augmentation du taux de natalité) pour renverser cette évolution silencieuse qui aura nécessairement un impact profond sur le marché du travail à moyen et long terme. À des degrés divers et à des époques différentes, toutes les nations industrialisées sont passées par ce processus de transition démographique. Les répercussions sur les rapports de forces entre le capital et le travail ont toujours été à terme profondes, que ce soit dans le Japon et la Corée du Sud de l'après-guerre, dans l'Angleterre du milieu du XIXe  siècle ou aux États-Unis lors du tournant du XIXe siècle.

Néanmoins, cet impact peut mettre un certain temps pour se faire sentir et être plus ou moins fort selon les régimes  politiques. La grande majorité des auteurs de ce dossier semble justement insister sur le fait qu'il reste encore beaucoup d'obstacles à surmonter avant de voir une véritable rupture intervenir dans ce domaine. Jean-Philippe Béja, bien que  soulignant l'importance des grèves de juin 2010 sur le plan politique, indique qu'il s'agit d'une timide avancée, qui fera certainement date dans l'histoire du mouvement ouvrier en Chine, mais qui est loin d'annoncer l'émergence d'une véritable capacité du monde salarié à s'organiser sur le plan national pour la défense et la progression des droits économiques et sociaux. Idem pour l'analyse de Pun Ngai. Son étude sur les rapports de production entre les grandes entreprises et les ouvriers migrants dans l'industrie de la construction montre à quel point la situation de ces derniers demeure précaire malgré l'avancée du droit du travail. La segmentation des opérations de production et l'externalisation à des sous-traitants des  phases de la construction perpétuent la précarité des ouvriers migrants qui doivent attendre la fin des travaux pour être (mal) payés. Ce type de rapports de production fait en sorte également que les migrants n'ont aucun rapport direct avec les grandes firmes donneuses d'ordre qui initient les projets immobiliers et qui ne se sentent en aucun cas responsables des droits des travailleurs migrants. La même analyse peut s'appliquer à d'autres secteurs industriels et des services en Chine où la sous-traitance est le mode dominant de production.

Sur un autre plan, l'analyse de Chloé Froissart sur le travail des organisations non gouvernementales (ONG) va également dans le même sens. Bien que l'on note des avancées dans le travail d'information et de défense des droits des salariés effectué par les ONG chinoises sur la question du travail, l'auteur montre également comment l'État les instrumentalise afin  de limiter l'émergence d'une réelle société civile et d'un mouvement autonome de défense des droits des salariés. De la même manière, William Hurst montre dans son analyse de l'évolution de la protection sociale des salariés que, malgré des progrès incontestables, le régime communiste a préféré conserver une gouvernance très décentralisée qui limite la  progression des droits des salariés. Le Parti communiste a également avancé sans principes démocratiques dans la construction du système de protection sociale en réagissant au coup par coup aux besoins de la population ouvrière frappée par les restructurations du tissu industriel, afin de maintenir avant tout la stabilité sociale et politique du pays.

Au total, on ressort de la lecture de ce dossier avec une vision extrêmement mesurée et prudente concernant la portée du mouvement de grève de juin 2010. Mais sans en dévoiler plus, toute l'équipe du CEFC vous souhaite une bonne lecture de ce nouveau numéro de Perspectives chinoises.

Sommaire

Dossier: Le monde ouvrier chinois en mouvement

Éditorial
Jean-François Huchet

La nouvelle classe ouvrière renouvelle le répertoire des luttes sociales
Jean Philippe Béja

Action en justice ou résistance de classe ?
Pun Ngai • Xu Yi

Les « ONG » de défense des droits des travailleurs migrants
Chloé Froissart

Trente ans de réformes économiques chinoises et les transformations de la main-d'oeuvre
Michel Cartier

Reconstruire un État-providence en Chine urbaine
William Hurst

Articles

Les défis du mouvement pro-démocratique à Hong Kong
Joseph Y. S. Cheng

Actualités

Les nouvelles de Chine
Tanguy Le Pesant • Marie-Hélène Schwoob

Lecture critique

Pas de zone interdite dans XXIe siècle
David Bartel

Comptes-rendus de lecture

Frank Dikötter, Mao's Great Famine, The History of China's most devastating catastrophe, 1958-62
Lucien Bianco

Thomas S. Mullaney, Coming to Terms with the Nation, Ethnic Classification in Modern China
Vanessa Frangville

Ilan Alon, Julian Chang, Marc Fetscherin, Christoph Lattemann and John R. McIntyre (éd.), China Rules Globalization and Political Transformation
Xavier Richet

Gladys Chicharro, Le fardeau des petits empereurs – Une génération d'enfants uniques en Chine
Pierre-Henry de Bruyn

Berry Chris, Lu Xinyu, Lisa Rofel (éd.), The New Chinese Documentary Film Movement: For the public record
Judith Pernin

Lin Xiaoping, Children of Marx and Coca-Cola. Chinese Avant-garde art and independent cinema
Aurelia Dubouloz

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