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Accueil Actualité Asie Actualité de la Maison franco-japonaise Parution Mfj : Ebisu n°46 Résidents étrangers au Japon : médiatisation et mobilisation
Lundi, 06 Février 2012 12:43

Parution Mfj : Ebisu n°46 Résidents étrangers au Japon : médiatisation et mobilisation

Ebisu46Ebisu, n°46, automne-hiver 2011.

ISSN : 1340-3656

La revue entre dans une nouvelle étape de son histoire. La totalité des numéros entre sa création en 1993 et 2008 est désormais en accès libre sur persee.fr. En 2012, Ebisu franchira une autre étape, avec sa mise en ligne dès parution. La version papier sera cependant maintenue parallèlement pour nos abonnés et les bibliothèques, ainsi que pour les fidèles au livre imprimé.

Fin 2009, le nombre de résidents étrangers officiellement enregistrés au Japon s'élevait à 1,19 million de personnes, c'est-à-dire 1,71 % de la population. Cette population étrangère est marquée par une division historique entre les oldcomers arrivés avant 1945 et leurs descendants (pour la plupart d'anciens sujets coréens et taiwanais de l'Empire japonais), et les newcomers arrivés à partir de la fin des années 1970, mais surtout au cours des vingt dernières années à la suite de la révision de la loi sur l'immigration de 1990, entrée en vigueur en 1991. Entre deux, le Japon a mené une politique de fermeture de ses frontières.

La question migratoire est peu présente dans les débats politiques au niveau national, mis à part quelques aspects précis qui concernent surtout les oldcomers. Ainsi de façon régulière revient à la Diète le débat sur le droit de vote pour les « résidents permanents spéciaux » (tokubetsu eijūsha 特別永 住者, pour la plupart des Coréens et des Chinois arrivés avant 1945) et sur le statut des écoles coréennes dans le cadre des nouvelles propositions gouvernementales en vue de rendre gratuits les lycées. Mais la résistance étant forte à l'idée de laisser participer des étrangers à la vie politique, la tendance depuis 2000 est plutôt de libéraliser la naturalisation.

La politique actuelle d'immigration date du début des années 1990 et découle pour l'essentiel de choix administratifs assurant un compromis entre les revendications des syndicats hostiles à l'immigration de travail non qualifié et la demande de main-d'oeuvre étrangère émanant du patronat. Les grandes orientations n'ont pas beaucoup changé depuis vingt ans et il ne s'agit que d'une politique de gestion des entrées et des sorties ; le Japon n'a pas de politique nationale d'intégration ou d'insertion.

Pourtant depuis vingt ans, au niveau local, le paysage a beaucoup changé et nombre d'initiatives, motivées par la réalité de la situation, ont vu le jour. Il existe tout d'abord une réflexion ancienne sur le besoin de recourir à une immigration de remplacement (et non pas seulement de travail). Dans les années 1980, certaines zones rurales fortement touchées par le  dépeuplement ont déjà tenté de faire venir des épouses étrangères pour maintenir la population. Depuis 2005, c'est le solde migratoire qui permet de compenser la diminution de la population au Japon, la question devient ainsi cruciale. Faut-il espérer maintenir la population japonaise en ayant recours à une immigration permanente ?

Le second pôle de réflexion découle de l'inévitable installation permanente de nombreux étrangers. Le gouvernement central refuse de mettre en place une politique d'accueil malgré les demandes déposées par de nombreuses autorités locales et associations qui, elles, se penchent sur la question depuis longtemps et ont souvent pris des mesures concernant la participation politique des étrangers, la scolarisation de leurs enfants ou leur accès au marché du travail. En effet, si au niveau national, les résidents étrangers ne représentent que 1,71 % de la population, pour certaines villes industrielles telles que Toyota, Hamamatsu ou Ōizumi, ou encore pour un quartier tel que Shinjuku à Tokyo, il s'agit de 5 à 15 % de la population, d'où une plus grande implication des autorités locales. Insistons sur un aspect en particulier : la demande d'une loi anti-discrimination. Le besoin d'une telle législation se fait d'autant plus sentir ces dernières années alors qu'un groupe xénophobe, le Zaitokukai 在特会, s'affiche de plus en plus souvent lors d'événements rassemblant des résidents étrangers.

Sans changement du discours au niveau national, le Japon peut-il espérer attirer de nombreux citoyens étrangers, voire retenir ceux qui sont installés au Japon ? Depuis la crise financière de 2008, cette question se pose de manière accrue. Au lendemain du grand tremblement de terre du 11 mars 2011, le besoin pour le Japon de rester attractif est encore plus
sensible, comme le souligne Sakanaka Hidenori 坂中英徳, ancien directeur du Bureau d'immigration de Tokyo, dans un discours au titre percutant : « Dix millions de migrants pour sauver le Japon ».

Toutes ces questions en débat sous-tendent le pourquoi des contestations et des mouvements de soutien aux étrangers évoqués dans ce numéro d'Ebisu. Le cas des résidents coréens, première cible des discriminations, mais aussi à l'avant-garde de la mobilisation, fait l'objet de nombreuses analyses et n'est pas abordé dans le cadre de ce numéro pour lequel nous avons décidé de présenter les cas moins connus des newcomers et précisément ici des Brésiliens, des Philippins et des sans-papiers.

Hélène Le Bail

Sommaire

Éditorial (Christophe MARQUET)

Dossier — Résidents étrangers au Japon : médiatisation et mobilisation

Introduction : Hélène LE BAIL, « Résidents étrangers au Japon : compromis et débats » (voir ci-dessus)

Hélène LE BAIL, « Les sans-papiers au Japon : renforcement des contrôles et émergence d'une mobilisation en faveur des régularisations »

Pauline CHERRIER, « Le traitement médiatique des travailleurs brésiliens du Japon durant la crise économique de 2009 »

Document : SUZUKI Nobue, « Actions de soutien aux nikkeijin philippins »

Articles

Philippe DEBROUX, « L'entreprenariat féminin en Asie : le cas du Japon, de la Corée du Sud, de la Malaisie et du Vietnam »

Isabelle GIRAUDOU, « Le droit japonais comme traduction »

Livres à lire

Comptes rendus

Michael LUCKEN, Anne BAYARD-SAKAI et Emmanuel LOZERAND (dir.), Le Japon après la guerre, Arles, Éditions Philippe Picquier, 2006.

Olivier ANSART, L'empire du rite. La pensée politique d'Ogyū Sorai : Japon 1666-1728, Genève, Droz, 2010.

Recensions

Simone MAUCLAIRE, Le Nom, l'Écrit, le Non-dit. Mentalités rurales et « culture intermédiaire » dans le Japon médiéval, Paris, Collège de France, IHEJ, 2009.

Christian GALAN et Emmanuel LOZERAND (dir.), La famille japonaise moderne (1868-1926). Discours et débats, Arles, Éditions Philippe Picquier, 2011.

Patrick BEILLEVAIRE (éd.), Okinawa 1930 : notes ethnographiques de Charles Haguenauer, éditées et commentées par Patrick BEILLEVAIRE, Paris, Collège de France, IHEJ, 2010.

David-Antoine MALINAS, La lutte des sans-abri au Japon. Le renouveau du militantisme, Paris, L'Harmattan, 2011.

Tetsuo ABO (éd.), Competing Chinese and Foreign Firms in Swelling Chinese Economy — Competition Strategies for Japanese, Western and Asian Firms, Berlin, Lit-Verlag, 2010.

Revue soutenue par l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS

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